29 janvier 2005
Le Renard

La route rouge est sur sa tête,
Des branches, comme des éclairs de bois –
Je suis un renard sans arête,
La chaleur m'essore, je me noie
Au bout du jour l'orage gronde,
Elle fuit belle Son sari étroit
S'enroule sur ses hanches rondes,
Des petits plis glissent par endroits
Les longs palmiers hochent la tête,
Les cocotiers choquent leurs noix –
Je suis un renard qui s'entête
La chaleur m'essore, je me noie
Rat Yatra

Fin du jour à Puri. L'horizon jaune luit.
Des ailes de palmiers sombres sur les plis d'un nuage
Et des cortèges flottants de larges corbeaux sauvages
Noirs dans le ciel clair se croisent où le soleil fuit ;
Les sons de la rue montent, égratignent les murs,
Glissent sur les terrasses où gisent les lézards ;
Des voix des cloches grêles s'élancent au hasard,
En bas une vache maigre mâche un bout de chaussure ;
Coupure d'électricité – Soudain tout s'arrête –
Le soir tombe en flambeaux, les dents blanches s'allument ;
De la musique – Une procession s'avance, s'enfume
De longs fagots d'encens sacré Une chèvre inquiète –
Derrière, les drapeaux oranges du temple massif
Claquent hauts sur la ville qui s'enfonce dans la nuit.
Une brise chaude emporte un vague brouillard de bruit
Un enfant pleure loin –
Le calme se pose, craintif.
New-jalpaiguri
New-Jalpaiguri
Un nom qui sautille sur le bout de la langue
Et une ville du Bengale presque exsangue
Où on lutte pour une assiette de riz
Du thé du tabac ou des fruits qu'on frit ;
Vaste far-west au pied de l'Himalaya
Bousculades d'Indiens et de Népalis,
Rues surchargées d'inutiles taxis,
De milliers de corbeaux de rickshaw-wallah,
De Pepsi de tea-shop pourris et de Coca-Cola,
Retourner à la gare
Dormir sur un banc de la gare
Lire sur un banc de la gare
Manger sur un banc de la gare
Boire
New-Jalpaiguri
Retour à Siliguri
A l'avant du camion, sept personnes entassées
Claquent des dents frileuses dans le matin bruineux
Des pentes des montagnes qui semblent s'affaisser
S'effilent les nuages, pâles et laineux ;
La machine crachote dans l'immensité
Lutte sur des chemins où coulent des rivières
de pierres La pluie s'accroche roule sans s'arrêter
L'Himalaya bleu-vert frissonne de lumières ;
On se gare au village, là-haut dans les rochers.
Des hommes de nulle part embarquent du gingembre,
Derrière une porte épaisse un gosse n'ose approcher,
Un chien malade encore ! tremble de tous ses membres ;
Mais la descente reprend, qui est presque une chute ;
Le camion tourne et gronde, sous les arbres et les branches,
Chaque virage creux que la montagne affûte
Fait danser dans les vitres une verte avalanche
L'air s'échauffe alors qu'on s'éloigne des nuages ;
En bas Siliguri, fumées et bouts de bois,
Tôles rouillées corbeaux gras poubelles et grillages,
L'Inde oubliée, terrible, ressurgit d'une voix
Tchaï