30 janvier 2005
Un canard qu'on égosille

Le canard qu'on égosille
C'est la main du joyeux drille
Crochetée sur son klaxon de rickshaw-wallah
Et qui gueule et qui fonce et trompette à tout-va
En poussant de grands gros éclats de rire
Quand bien même on frôle le pire
Dans des dérapages lamentables sur les trottoirs ;
Des chiens fuient dans le noir,
Leurs yeux sont des ronds bleus ;
J'allume une clope ou deux
Il ralentit, se calme un peu
Tousse crache se gratte les cheveux
Fait soudain l'éloge de l'Inde et de ses traditions
Le turban rouge

Le coolie pose sur son turban rouge
Trois sacs et court, sans que rien ne bouge,
Se démène chemise ouverte humaine allumette
Avec juste un nombre de roupies en tête ;
Le client agacé d'emblée le talonne de près
Visiblement le Maître est très pressé
Les jambes maigres le pas faussé
Les pieds plats même pas chaussés
Battent durement, battent durement
Le quai Regard fixe Voix qui tempête
Quand devant lui quelqu'un s'arrête,
Sa nuque raide plonge dans son turban rouge
Il court mais jamais rien ne bouge.
Si loin si proche

Si loin si proche
Lorsque le point du jour s'accroche
Au chant poignant des mosquées
Et que s'éveillent les oiseaux,
Les déjeuners, puis les bêtes des bosquets,
Ces déjeuners graisseux dans des cônes de journaux –
Les derniers rats d'hier faux courent s'embusquer ;
Klaxons –
Les rives toxiques des canaux
Recueillent déjà las des tonnes de buffles d'eau
Empâtés de boue noire, d'insectes Corbeaux –
Et tout tourne dans ma tête qui claque comme un radeau
A la surface des choses ;
Des hommes aussi marchent vers la rivière
La bouche débordante de prières
L'atteignent, se trempent dans un flot moisi
D'eau verte que le Sacré saisit
A pleines mains J'écoute les cloches sonner
Le parfum des cloches comme un chapeau
De sons lourds et d'encens qui rend sourd
Ma tête claque à la surface du jour
La vieille pishi

La vieille pishi suit son chemin
Le long de l'ombre longue d'un fil
Electrique –
Les pinces de ses mains
Serrent des bouts de frusques
Archaïques
Un bras recroquevillé
Comme une aile chevillée
A une branche pliée
Et le haut de son corps file parallèle au sol
Fragile quand le soir tombe
Seule quand le soleil plombe
L'air cloué coule stoïque
Je m'égoutte de l'ombre du fil
Sur la ligne électrique
des toits
De qui es-tu la mémoire
O vieille pishi au dos rond
Qui ne voit plus que le bas des choses ?
29 janvier 2005
Chaleur

Terres rouges Termitières
Cocotiers hérissés de feuilles dentelées
Insensibles tranchent haut dans le ciel ciselé ;
Des ronces brunes se mêlent en longs barbelés,
En serpents d'air brûlant, qui vont s'écouler
Sous les paupières ;
Respirant comme pour boire, d'un pas bien nivelé,
Un chien jaune me suit à prudentes foulées
Parmi les pierres
Tourbillons de poussière
Une femme à vélo, surchargée de plastiques,
De bidons accrochés par grappes trop lumineuses
File sur la route un tracé lunatique
Sa course dans le mirage s'envole sinueuseSur le corps de la montagne
Des regards partout
moqueurs curieux filous
Une petite fille sur mes genoux
Une route qui tourne et se découd
de cols en lacets, cherchant Katmandou
sur le corps de la montagne ;
Un moteur qui peine une roue qui crève
Tout le monde debout même le soleil se lève
derrière un petit temple hindou ;
Mon cœur s'éveille se soulève
descend du bus regarder la roue
boire du thé et regarder la roue
tandis que montent la joie la sève
et que l'aube frivole joue
sur le corps de la montagne
Devenir paon
Des affiches gigantesques
Qui vantent une vie meilleure
Vous n'êtes pas à l'abri de devenir riche
Comme né corbeau je ne suis pas à l'abri
De devenir paon
Danse de Shiva (le cauchemar)
Il danse, il danse dans l'atmosphère,
Sa flûte embrasse et brasse l'air
Et tourne, et tourne solitaire,
L'écho de ses grelots
Résonne sur les pierres
Le Renard

La route rouge est sur sa tête,
Des branches, comme des éclairs de bois –
Je suis un renard sans arête,
La chaleur m'essore, je me noie
Au bout du jour l'orage gronde,
Elle fuit belle Son sari étroit
S'enroule sur ses hanches rondes,
Des petits plis glissent par endroits
Les longs palmiers hochent la tête,
Les cocotiers choquent leurs noix –
Je suis un renard qui s'entête
La chaleur m'essore, je me noie